17 février 2008

Démocratie et dépendance des médias

5ddd6432cf3fdcc6bca41efcea0178c7.jpgÀ l’heure où la concentration fait rage dans l’édition, et plus globalement dans les médias, il est important de comprendre les enjeux de la défense de maisons d’édition ou de presse indépendantes. En effet, actuellement, quelques grands groupes (Lagardère, Wendel-investissement, Bertelsmann, Wolter-Kluwer) détiennent à eux seuls tous les éléments de la chaîne de diffusion des idées (maisons d’édition, journaux, télévisions, points de vente).

Voici un texte éclairant sur l’importance des médias dans le débat démocratique.


« Le débat démocratique suppose l’expression de tous les courants d’idées. Les éditeurs de livres politiques font des choix sur les combats politiques qu’ils soutiennent. L’existence de nombreuses maisons d’édition réellement indépendantes est la condition de l’expression de tous les courants d’idées et de la confrontation des points de vue. À l’autre pôle de la chaîne du livre, le maintien d’un réseau dense de librairies indépendantes conditionne la diffusion du livre politique.
Que le livre de José Bové, ou d’autres leaders médiatiques de droite comme de gauche, soit édité par Vivendi n’est pas une manifestation de diversité. Cela traduit au contraire une situation où les acteurs de la vie politique estiment avoir besoin d’être publiés par les majors pour être lus. Cette situation est inquiétante pour la démocratie, car la vie politique suppose que les leaders puissent être lus de toutes façons. Si les majors sont les seuls éditeurs qui leur permettent d’y parvenir, cela signifie que les majors contrôlent ce qui est bon de faire entendre dans le champ politique. C’est un pouvoir exorbitant !
Dans l’approche marketing, dans la meilleure des hypothèses, le livre répond à une demande. Or en matière politique, il est nécessaire que le livre ne soit pas une simple réponse à une demande. Des analyses nouvelles et originales, importantes pour le débat public, doivent pouvoir paraître même si elles ne répondent pas à une demande préalable. Prenons le cas de la guerre d’Algérie. Supposons qu’avant de publier La question d’Henri Alleg (1958) ou L’affaire Audin de Pierre Vidal-Naquet (1958), Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, ait fait une étude de marché pour savoir si cela répondait à une demande, ces livres n’auraient pas été publié. Et, le fonctionnement de la démocratie en aurait été altéré. »

Si la question vous intéresse : Janine et Greg Brémond, L’Édition sous influence, éditions Liris, 2e édition, 2004.

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