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07 juin 2008

Le cas Éditis bis

La vente d’Editis rapporte gros aux actionnaires, pas aux salariés
Le chiffre écrase les lettres
Télérama | 4 juin 2008

Au commencement, promis juré, il n’y avait que l’amour de la littérature. L’or des mots, les plus-values intellectuelles, tout ça. Il aurait d’ailleurs fallu avoir l’esprit sacrément tordu pour imaginer qu’en rachetant Editis à Hachette, c’est-à-dire en devenant propriétaire de maisons aussi prestigieuses que Plon, Laffont, La Découverte, Nathan ou Belfond, Wendel Investissement ait pu avoir l’idée de faire un coup financier. Quand même ! Le 4 juin 2004, la main sur le cœur, Ernest-Antoine Seillière, patron du fonds d’investissement familial, déclarait ainsi, avec une belle élégance syntaxique : « Nous sommes pour longtemps dans un métier dans lequel on s’installe pour conduire une politique de leader. » Je dirais même plus, renchérissait son dauphin Jean-Bernard Lafonta, que « contrairement aux fonds financiers, nous ne sommes pas obligés de revendre au bout de cinq ans, nous raisonnons sur un horizon de dix à quinze ans, mieux adpaté aux contraintes du métier d’Éditis ». Mais le cœur, on le sait, n’est jamais loin du portefeuille quand on porte le costume.

Quatre ans, presque jour pour jour, après ces pieuses déclarations, la belle histoire d’amour vient de rebondir comme le pire roman d’aventures. Wendel a revendu Éditis à l’espagnol Planeta avec une plus-value de 365 millions d’euros. Les chiffres écrasent les lettres. Proust et Balzac peuvent aller se rhabiller et les 2 600 salariés d’Éditis avec eux. Car si l’on sait aujourd’hui qu’une poignée de dirigeants vont se partager quelques millions d’euros pour fêter ça, rien n’est prévu pour les autres, toujours soumis à la même rigueur salariale. Comme s’ils n’étaient pour rien dans la réussite du groupe. Belle illustration des mœurs d’aujourd’hui où, roman noir pour les uns, la domination du capitalisme financier sur le système économique transforme la vie des autres en conte de fées. Juridiquement, ce qui vient de se passer chez Éditis s’est fait dans les règles. Il suffisait d’oser. «  De l’audace », comme dirait Bertrand Delanoë, qui vient de découvrir, sur le tard, les joies simples du libéralisme dont même les thuriféraires les plus zélés, effrayés par la triple crise financière, énergétique et alimentaire, évoquent aujourd’hui la nécessité de réguler le fonctionnement et les effets. Pour les collaborateurs de Robert Laffont ou de Nathan, comme pour l’ensemble des salariés, monsieur Delanoë, le libéralisme est depuis longtemps une réalité dont ils voudraient simplement ne pas être les éternels pigeons. Le reste, n’est-ce pas monsieur Seillière, c’est littérature.

Michel Abescat

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