22 juin 2008
La fabrique de l’information
Madame, Monsieur, Bonsoir…
Les dessous du premier JT de France
de Patrick Le Bel | Éditions du Panama | 15€
Présentation de l'éditeur
– Et si on en faisait un livre ?
– D'accord. Mais quand on partira. Impossible autrement.
– Impossible ? À TF1 TOUT EST POSSIBLE.
– Ça va être terrible, ils vont chercher... l'ambiance est déjà suffisamment plombée...
– On n'a rien à perdre, tout le monde y gagnera.
– Tu as raison. Et puis il ne s'agit pas de mettre le feu à la maison, juste de provoquer un électrochoc.
– Ils ont supprimé La Société des journalistes ; il n'y a plus de porte-parole, ce sera "Le livre".
– Ils diront qu'on crache dans la soupe.
– Ils diront "tout est faux".
– Il essaieront...
– Ils tiennent la presse média.
– Pas tout à fait, heureusement, et puis ce sera au moins lu par la rédaction, comme un compte-rendu d'assemblée générale...
Ce sera donc ce livre, écrit à dix mains, tous journalistes, tous dans la place, comme une petite bouteille à la mer jetée par des enfants gâtés de la télévision. Signé Patrick Le Bel, en hommage à un grand bâtisseur. Tout le monde veut faire de la télévision. Bienvenue au JT.
Un livre rempli de "jolies" révélations, même si l'on ne peut s'empêcher d'avoir l'impression que quelque part ces journalistes qui "crachent dans la soupe" apprécient de faire partie de la machination qu'ils dénoncent...
22:05 Publié dans À lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ça s'passe comme ça chez TF1
Madame, Monsieur, Bonsoir…
Les dessous du premier JT de France
de Patrick Le Bel | Éditions du Panama | 10€
Extrait
«Rendez-vous au quai.» Il y a des départs stressants, partir au dernier moment et sortir un sujet à temps. «C’est quoi l’affaire, en deux mots?», demande l’équipe. Grisant. Robert a raison, nous sommes vraiment les meilleurs. Le journaliste a beau être le seul responsable du résultat, il peut compter quoi qu’il arrive sur son équipe. «T’inquiète, ça va le faire.» Le preneur de son, déjà au volant, a réfléchi aux moyens d’éviter les embouteillages, le cameraman imagine ce qu’il doit tourner au plus vite sans finasser. Tout d’un coup, la pression retombe, il ne peut rien arriver de grave, on s’en sort toujours. Pas besoin de se parler dans ces cas-là, chacun sait ce qu’il doit faire. Tous les ingrédients sont réunis: le stress, une concentration maximum, une confiance réciproque – vous n’avez plus le choix, vous travaillez dans l’urgence. «Écris, je m’occupe du reste.» Lui c’est le monteur, à mes côtés dans le camion de diffusion. Il repère sur une cassette qui tourne à tout vitesse les plans qu’il va utiliser. «Tu commences comment?» Je lui lis le début de mon texte: tout avait pourtant bien commencé, le sitting avait des allures de pique-nique printanier… «Commence autrement, je n’ai que des plans de bousculade et de fins de bagarre, on est arrivé trop tard.» Après deux heures de rixes, la police n’a toujours pas maîtrisé ces étudiants… «Monte-moi vingt-cinq secondes de bordel, on mettra ensuite deux témoins.» Le cameraman a fait lui-même les interviews, je n’avais pas le temps. Le preneur de son dépose les cassettes et prévient: «Laisse tomber la première nana, elle est mauvaise, les deux suivants sont meilleurs.» Le monteur a entendu, qui les sélectionnera sans perdre de temps à écouter les autres témoignages. Il est 19 heures 30, le 20 heures veut un direct, il sait que je dois être en place à moins cinq.
– Après les interviews, tu veux quoi ?
– J’en sais rien, t’as quoi ?
– Je te mets un plan large avec les passants qui regardent effarés.
– Parfait, en plan de fin un blessé, si tu ne les as pas tous mis au début.
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13 juin 2008
Résultats du référendum en Irlande
Dépêche de l'AFP:
Les irlandais disent "non" au traité de Lisbonne, l'Europe en crise
DUBLIN (AFP) — Les Irlandais ont dit "non" à une large majorité au traité européen de Lisbonne, plongeant vendredi l'Europe dans une nouvelle crise, trois ans après le rejet de la Constitution par les Français et Néerlandais en 2005.
Selon les résultats officiels définitifs, le non l'a emporté avec 53,4% des voix, contre 46,6% de "oui".
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avait auparavant déjà pris acte de ce camouflet pour l'Union européenne (UE).
"Tout indique que l'Irlande a voté non au traité de Lisbonne", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse à Bruxelles avant même la publication des résultats définitifs, en soulignant que la Commission "respectait" le choix des électeurs irlandais.
"La Commission européenne pense que les ratifications qui restent à faire devraient continuer à suivre leur cours", a-t-il ajouté, en faisant valoir que "18 Etats membres ont déjà validé le traité".
La France, qui prendra la présidence de l'Union européenne le 1er juillet, et l'Allemagne ont elles aussi émis l'espoir "que les autres Etats membres poursuivront le processus de ratification", dans une déclaration commune diffusée par l'Elysée.
"Nous sommes convaincus que les réformes contenues dans le traité de Lisbonne sont nécessaires pour rendre l'Europe plus démocratique et plus efficace et qu'elles lui permettront de répondre aux défis auxquels sont confrontés ses citoyens", ont estimé Paris et Berlin.
Selon M. Barroso, le Premier ministre irlandais Brian Cowen estime que malgré le "non" au référendum en Irlande, le traité de Lisbonne "n'est pas mort" et que les dirigeants européens devront décider au sommet européen des 19-20 juin "comment continuer".
"Je viens tout juste de parler au Premier ministre Cowen, et il a souligné clairement que ce vote ne devait pas être perçu comme un vote contre l'UE", a ajouté le président de la Commission.
De son côté, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a estimé que le traité de Lisbonne ne pourrait pas entrer en vigueur au 1er janvier 2009 comme initialement prévu.
A Dublin, les partisans du "non" n'ont pas non plus attendu l'annonce officielle pour triompher.
"Lisbonne est mort", a déclaré le chef de file du parti Travailliste, Eamon Gilmore, formation d'opposition qui avait défendu le "oui".
Dans le camp adverse, le président du parti nationaliste Sinn Fein, Gerry Adams, a tenu exactement le même discours: "C'est la fin du traité de Lisbonne", a-t-il déclaré. Il a ajouté que la victoire du "non" était "une base pour une renégociation" du traité, appelant le Premier ministre irlandais à se rendre à Bruxelles pour "obtenir un meilleur accord".
Pour l'homme d'affaires Declan Ganley, figure des "nonistes", "c'est une grande et belle journée pour tout Irlandais et tout Européen. C'est un grand jour pour la démocratie", a-t-il ajouté.
"Ce serait la troisième fois que le même message est envoyé par plusieurs millions de citoyens européens à une élite à Bruxelles non élue et qui n'a pas de comptes à rendre", a-t-il poursuivi.
Un peu plus de trois millions d'électeurs étaient appelés jeudi à voter lors du seul référendum organisé sur le traité de Lisbonne en Europe. Les 26 autres Etats-membres de l'UE ont opté pour une ratification par la voie parlementaire, ce que 18 capitales ont déjà fait.
Le rejet du traité par une île comptant 4,2 millions d'habitants, soit moins de 1% des 495 millions d'Européens, n'est pas sans rappeler le "non" opposé à la Constitution européenne en 2005 par la France et les Pays-Bas, ainsi par les Irlandais en 2001 au traité de Nice.
Il avait alors fallu organiser un deuxième vote en Irlande pour faire adopter le texte. Mais il n'y aura pas de second référendum cette fois-ci, avait assuré le gouvernement avant le scrutin. Dublin avait justifié en 2001 un deuxième vote par la faible participation connu alors (moins de 35%). En revanche environ 50% des électeurs irlandais se sont rendus jeudi aux urnes..
Le traité doit être ratifié dans l'ensemble des 27 pays de l'UE pour entrer en vigueur.
16:35 Publié dans Traité européen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11 juin 2008
Salariés, si vous saviez
Salariés, si vous saviez...
Dix idées reçues sur le travail en France
de Gérard Filoche | La Découverte | 10€
Présentation de l'éditeur :
« "Le droit du licenciement doit être assoupli", "les 35 heures n'ont pas profité aux salariés", "les charges sociales sont trop lourdes", "les fonctionnaires sont des privilégiés", "à terme, on ne pourra plus financer les retraites", etc. Telles sont quelque unes des idées reçues qui dominent le débat public sur le travail en France.
En dix réponses critiques, chiffres à l'appui, Gérard Filoche bat ici en brèche ces préjugés distillés par la vulgate néolibérale pour tenter de liquider un siècle de conquêtes sociales et justifier une vaste offensive contres les droits de la majorité active : les salariés. »
Un petit manuel de 130 pages que l'on aurait aimé avoir eu sous le coude au cours d'un très grand nombre de conversations, pour enfin démontrer par A + B que non, les fonctionnaires ne sont pas de "gros flemmards privilégiés", que la sécu n'est pas "vouée à disparaître" ou que la réforme des retraites n'est pas "inévitable".
Très utile pour casser dans les esprits un bon nombre de clichés et partir à la reconquête des vraies valeurs du travail.
22:47 Publié dans À lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07 juin 2008
Le cas Éditis bis
La vente d’Editis rapporte gros aux actionnaires, pas aux salariés
Le chiffre écrase les lettres
Télérama | 4 juin 2008
Au commencement, promis juré, il n’y avait que l’amour de la littérature. L’or des mots, les plus-values intellectuelles, tout ça. Il aurait d’ailleurs fallu avoir l’esprit sacrément tordu pour imaginer qu’en rachetant Editis à Hachette, c’est-à-dire en devenant propriétaire de maisons aussi prestigieuses que Plon, Laffont, La Découverte, Nathan ou Belfond, Wendel Investissement ait pu avoir l’idée de faire un coup financier. Quand même ! Le 4 juin 2004, la main sur le cœur, Ernest-Antoine Seillière, patron du fonds d’investissement familial, déclarait ainsi, avec une belle élégance syntaxique : « Nous sommes pour longtemps dans un métier dans lequel on s’installe pour conduire une politique de leader. » Je dirais même plus, renchérissait son dauphin Jean-Bernard Lafonta, que « contrairement aux fonds financiers, nous ne sommes pas obligés de revendre au bout de cinq ans, nous raisonnons sur un horizon de dix à quinze ans, mieux adpaté aux contraintes du métier d’Éditis ». Mais le cœur, on le sait, n’est jamais loin du portefeuille quand on porte le costume.
Quatre ans, presque jour pour jour, après ces pieuses déclarations, la belle histoire d’amour vient de rebondir comme le pire roman d’aventures. Wendel a revendu Éditis à l’espagnol Planeta avec une plus-value de 365 millions d’euros. Les chiffres écrasent les lettres. Proust et Balzac peuvent aller se rhabiller et les 2 600 salariés d’Éditis avec eux. Car si l’on sait aujourd’hui qu’une poignée de dirigeants vont se partager quelques millions d’euros pour fêter ça, rien n’est prévu pour les autres, toujours soumis à la même rigueur salariale. Comme s’ils n’étaient pour rien dans la réussite du groupe. Belle illustration des mœurs d’aujourd’hui où, roman noir pour les uns, la domination du capitalisme financier sur le système économique transforme la vie des autres en conte de fées. Juridiquement, ce qui vient de se passer chez Éditis s’est fait dans les règles. Il suffisait d’oser. « De l’audace », comme dirait Bertrand Delanoë, qui vient de découvrir, sur le tard, les joies simples du libéralisme dont même les thuriféraires les plus zélés, effrayés par la triple crise financière, énergétique et alimentaire, évoquent aujourd’hui la nécessité de réguler le fonctionnement et les effets. Pour les collaborateurs de Robert Laffont ou de Nathan, comme pour l’ensemble des salariés, monsieur Delanoë, le libéralisme est depuis longtemps une réalité dont ils voudraient simplement ne pas être les éternels pigeons. Le reste, n’est-ce pas monsieur Seillière, c’est littérature.
Michel Abescat
22:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 juin 2008
Le cas Éditis
Devant les sommes impressionnantes que se partagent sans se cacher quelques dirigeants de Wendel et d’Éditis, les salariés se mobilisent.
Fin mai, le fonds d’investissement Wendel a cédé le groupe d’édition Editis (qui regroupe notamment Nathan, Pocket, Le Robert, Plon, Robert Laffont) à l’Espagnol Planeta pour la modique somme d’un milliard d’euros, réalisant ainsi une plus-value d’environ 350 millions d’euros. Sur cette somme, 79 millions sont allés à Ernest-Antoine Seillière, PDG, et 83 millions à Lafonta, directeur général de Wendel. À Editis seuls douze dirigeants se sont allègrement partagés 35 millions d’euros.
Depuis quelques jours on assiste donc à une vague de protestation chez les 2 500 salariés d’Éditis, choqués de voir ces chiffres circuler sous leurs yeux, alors que c’est leur travail qui a permis à l’entreprise de prospérer. On parle même d’une injure faite à l’ensemble des salariés d’Éditis qui créent réellement de la valeur dans ce groupe et qui le rendent, par leur travail, plus rentable et plus profitable. Planeta ne s’y est pas trompé, lui, en mettant 350 millions d'euros de plus sur la table pour être sûr d’acquérir Éditis !
Les syndicats se sont lancés dans des négociations pour demander que la même somme de 35 millions d’euros soient également mise à la disposition des 2 500 salariés d’éditis. Était-ce trop demander par rapport aux 350 millions de plus-value ? Par rapport aux 35 millions qui filent tout droit dans les poches de seulement douze personnes ? Réponse d’Alain Kouck, PDG d’éditis : il cède généreusement 600€ par employé. 2 500 x 600 = 1 500 000. Malheureusement pour Monsieur Kouck, ce n'est pas parce que l'on fait des livres que l'on ne sait pas compter !
Et aujourd’hui, coup de grâce. Au moment où plusieurs centaines de personnes se sont réunies sur les Champs Élysées devant le siège d’Éditis et qu’une pyramide de livres s’érigent lentement, les chiffres et les noms tombent. C'est 37 millions d'euros* que se partageraient douze dirigeants d'Editis ainsi qu'une quinzaine de managers de Wendel. Alain Kouck a obtenu 11,32 millions. Onze autres cadres du groupe ont récolté de l'ordre de 1,2 million d'euros chacun. Parmi les bénéficiaires, Pierre Dutilleul, directeur délégué d'Editis, Jean-Pierre Alic et Olivier Fornaro - le premier responsable de la distribution, le second de la diffusion - et les directeurs des maisons : Jean Arcache (Presses, Solar, Belfond), Leonello Brandollini (Robert Laffont), Jean-Claude Dubost (Univers Poche), Catherine Lucet (Nathan) et Olivier Orban (Plon). Une manne qui correspond à une mise initiale estimée à 700 000 euros pour M. Kouck et de l'ordre de 75 000 euros pour les autres cadres d'Editis.
Et pour les salariés ? Il ne reste rien à Wendel, souffle Editis aux représentants des syndicats venus négocier, il faut demander à Planeta (oui, vous conviendrez tout comme moi que c'est une réplique pour le moins inattendue et légèrement dénuée d'intelligence et de bon sens)… Réponse définitive le 9 juin.
* Selon Le Monde du 6 juin 2008
22:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 juin 2008
De l'indépendance des médias...
Du temps de cerveau supplémentaire pour Sarkozy...
"Services privés, coup de vis public
Pendant que le service public s’inquiète pour son financement, le gouvernement multiplie les largesses à TF1, M6 et consorts.
Libération mercredi 4 juin 2008
C’est une supplique au gouvernement signée de trois quasi SDF : Nonce Paolini, directeur général de TF1 ; Bertrand Méheut, président de Canal + et Nicolas de Tavernost, patron de M6. Dans cette missive, ces trois gagne-petit se disent «stupéfaits» de découvrir que leurs recettes pourraient être taxées afin de financer la télévision publique. «Une nouvelle taxe [qui] viendrait appauvrir notre économie», écrivent les plaideurs, d’autant qu’«aucune des mesures réclamées et attendues par le secteur depuis des mois (déplafonnement de la publicité, application de l’heure d’horloge, seconde coupure publicitaire dans les œuvres, réforme des décrets Tasca) n’est encore décidée…» La lettre est datée du 28 mai, et deux jours après cette lettre, abracadabra, leurs vœux sont exaucés, au-delà même de leurs espérances. Alors que le gouvernement a toutes les peines du monde à trouver un financement viable pour France Télévisions, ce même gouvernement régale grassement les télés privées, à commencer par la première d’entre elles, TF1, propriété, comme chacun sait, de Martin Bouygues, ami intime du président de la République. Déballage des cadeaux.
(…)
Suffisait de demander, et hop, Sarkozy va le faire, qui depuis des mois milite pour «l’émergence de grands groupes de communication audiovisuelle français de premier plan». Car, déclarait le Président en installant en février la commission Copé, «s’il faut mieux financer le service public, il faut aussi permettre au secteur privé d’être plus dynamique en desserrant le corset de contraintes héritées d’un autre temps». Merci Président.
RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS"
Lire l'article dans son intégralité : http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/329688.FR.php
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