« lun 09 jun - dim 15 jun | Page d'accueil

22 juin 2008

La fabrique de l’information

tf1.jpgMadame, Monsieur, Bonsoir…
Les dessous du premier JT de France
de Patrick Le Bel | Éditions du Panama | 15€

Présentation de l'éditeur

– Et si on en faisait un livre ?
– D'accord. Mais quand on partira.  Impossible autrement.
– Impossible ? À TF1 TOUT EST POSSIBLE.
– Ça va être terrible, ils vont chercher... l'ambiance est déjà suffisamment plombée...
– On n'a rien à perdre, tout le monde y gagnera.
– Tu as raison. Et puis il ne s'agit pas de mettre le feu à la maison, juste de provoquer un électrochoc.
– Ils ont supprimé La Société des journalistes ; il n'y a plus de porte-parole, ce sera "Le livre".
– Ils diront qu'on crache dans la soupe.
– Ils diront "tout est faux".
– Il essaieront...
– Ils tiennent la presse média.
– Pas tout à fait, heureusement, et puis ce sera au moins lu par la rédaction, comme un compte-rendu d'assemblée générale...

Ce sera donc ce livre, écrit à dix mains, tous journalistes, tous dans la place, comme une petite bouteille à la mer jetée par des enfants gâtés de la télévision. Signé Patrick Le Bel, en hommage à un grand bâtisseur. Tout le monde veut faire de la télévision. Bienvenue au JT.

Un livre rempli de "jolies" révélations, même si l'on ne peut s'empêcher d'avoir l'impression que quelque part ces journalistes qui "crachent dans la soupe" apprécient de faire partie de la machination qu'ils dénoncent...

Ça s'passe comme ça chez TF1

tf1.jpgMadame, Monsieur, Bonsoir…
Les dessous du premier JT de France
de Patrick Le Bel | Éditions du Panama | 10€

Extrait
«Rendez-vous au quai.» Il y a des départs stressants, partir au dernier moment et sortir un sujet à temps. «C’est quoi l’affaire, en deux mots?», demande l’équipe. Grisant. Robert a raison, nous sommes vraiment les meilleurs. Le journaliste a beau être le seul responsable du résultat, il peut compter quoi qu’il arrive sur son équipe. «T’inquiète, ça va le faire.» Le preneur de son, déjà au volant, a réfléchi aux moyens d’éviter les embouteillages, le cameraman imagine ce qu’il doit tourner au plus vite sans finasser. Tout d’un coup, la pression retombe, il ne peut rien arriver de grave, on s’en sort toujours. Pas besoin de se parler dans ces cas-là, chacun sait ce qu’il doit faire. Tous les ingrédients sont réunis: le stress, une concentration maximum, une confiance réciproque – vous n’avez plus le choix, vous travaillez dans l’urgence. «Écris, je m’occupe du reste.» Lui c’est le monteur, à mes côtés dans le camion de diffusion. Il repère sur une cassette qui tourne à tout vitesse les plans qu’il va utiliser. «Tu commences comment?» Je lui lis le début de mon texte: tout avait pourtant bien commencé, le sitting avait des allures de pique-nique printanier… «Commence autrement, je n’ai que des plans de bousculade et de fins de bagarre, on est arrivé trop tard.» Après deux heures de rixes, la police n’a toujours pas maîtrisé ces étudiants… «Monte-moi vingt-cinq secondes de bordel, on mettra ensuite deux témoins.» Le cameraman a fait lui-même les interviews, je n’avais pas le temps. Le preneur de son dépose les cassettes et prévient: «Laisse tomber la première nana, elle est mauvaise, les deux suivants sont meilleurs.» Le monteur a entendu, qui les sélectionnera sans perdre de temps à écouter les autres témoignages. Il est 19 heures 30, le 20 heures veut un direct, il sait que je dois être en place à moins cinq.
– Après les interviews, tu veux quoi ?
– J’en sais rien, t’as quoi ?
– Je te mets un plan large avec les passants qui regardent effarés.
– Parfait, en plan de fin un blessé, si tu ne les as pas tous mis au début.