04 juin 2008
De l'indépendance des médias...
Du temps de cerveau supplémentaire pour Sarkozy...
"Services privés, coup de vis public
Pendant que le service public s’inquiète pour son financement, le gouvernement multiplie les largesses à TF1, M6 et consorts.
Libération mercredi 4 juin 2008
C’est une supplique au gouvernement signée de trois quasi SDF : Nonce Paolini, directeur général de TF1 ; Bertrand Méheut, président de Canal + et Nicolas de Tavernost, patron de M6. Dans cette missive, ces trois gagne-petit se disent «stupéfaits» de découvrir que leurs recettes pourraient être taxées afin de financer la télévision publique. «Une nouvelle taxe [qui] viendrait appauvrir notre économie», écrivent les plaideurs, d’autant qu’«aucune des mesures réclamées et attendues par le secteur depuis des mois (déplafonnement de la publicité, application de l’heure d’horloge, seconde coupure publicitaire dans les œuvres, réforme des décrets Tasca) n’est encore décidée…» La lettre est datée du 28 mai, et deux jours après cette lettre, abracadabra, leurs vœux sont exaucés, au-delà même de leurs espérances. Alors que le gouvernement a toutes les peines du monde à trouver un financement viable pour France Télévisions, ce même gouvernement régale grassement les télés privées, à commencer par la première d’entre elles, TF1, propriété, comme chacun sait, de Martin Bouygues, ami intime du président de la République. Déballage des cadeaux.
(…)
Suffisait de demander, et hop, Sarkozy va le faire, qui depuis des mois milite pour «l’émergence de grands groupes de communication audiovisuelle français de premier plan». Car, déclarait le Président en installant en février la commission Copé, «s’il faut mieux financer le service public, il faut aussi permettre au secteur privé d’être plus dynamique en desserrant le corset de contraintes héritées d’un autre temps». Merci Président.
RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS"
Lire l'article dans son intégralité : http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/329688.FR.php
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22 février 2008
Les JT cassent la grève
Un vieil article de Libération qui vaut le détour et qui est de toute manière toujours d’actualité...
Les JT cassent la grève
17 novembre 2007
Télé. Les 13 heures et 20 heures sont sur le pied de guerre contre le mouvement social.
A chaque grève son héros. En 1968, ce fut Daniel Cohn-Bendit. En novembre 2007, c’est dit, ce sera Jean-Pierre Pernaut, présentateur du 13 heures de TF1 et farouche défenseur de la veuve et de l’usager torturés par les grévistes privilégiés. Depuis lundi, Pernaut bout. Il grommelle, fait des mines et lève les sourcils. Certes, il est comme ça, Pernaut, mais tous les JT sont de la partie, accumulant les poncifs, balayant la pédagogie, relayant sans barguigner la parole gouvernementale. Au point que, chez les grévistes, on se met à virer des AG télés et journalistes. Récit d’une semaine de JT de grève.
Je suis… Je suis… Top : je suis un bâtiment de guerre, long et étroit, à un ou plusieurs rangs de rames en usage dans l’Antiquité… Je suis ? La galère, bien sûr. Les JT n’ont que ce mot-là à la bouche, entendu des dizaines de fois. Lundi, au sommaire du 20 heures de France 2, «galères en prévision». Quelques instants plus tard, c’est «une journée galère» qui se dessine. L’image est la même mardi sur TF1 à 13 heures : «Pour demain, prophétise Pernaut, on nous annonce du mauvais temps partout avec de la neige, du froid, de la pluie et du vent, un jour de galère donc pour des millions d’usagers des transports en commun». Tandis que son collègue PPDA débite de la «galère en perspective». Pas raté : dans la nuit de mardi, «la galère a commencé» sur i-Télé. Chez les voyageurs, très étonnamment, c’est la galère, ainsi que la perspicace Audrey Pulvar de France 3 le remarque : «Quelle galère !» On relèvera cette fine analyse par un anonyme jeudi de la situation des transports : «Entre le métro où c’est regalère et le train où c’est galère-galère».
L’usager
Et qui rame dans la galère ? Point de «voyageurs» ou de «passagers», mais, systématiquement, des «usagers», masse grondante et floue. A la télé, ils sont rois, victimes «résignées» (selon PPDA) de la grève «dure, dure surtout pour les usagers», clame David Pujadas, en ouverture du 20 heures de France 2 mardi. Et on le défend, l’usager. Ainsi Jean-Pierre Pernaut fulminant jeudi : «Troisième jour de galère pour les usagers qui, eux, n’ont pas le choix et doivent travailler jusqu’à 65 ans, et tous les matins.» Car, souligne-t-il mardi à l’appui de sa ligne éditoriale, «plusieurs sondages viennent confirmer l’hostilité des Français à cette nouvelle grève».
Alors on tend sans cesse le micro à l’usager afin qu’il puisse, sans crainte ni honte, s’exprimer. Plaintif : «Y en a marre, on nous prend en otage, qu’ils aillent prendre l’Elysée en otage !» (France 2, mardi à 20 heures). Revendicatif : «Faut que la France se rende compte qu’il y a des réformes qui doivent être faites» (même JT, même chaîne). Menaçant : «On va aller voir les grévistes, on va leur taper dessus» (TF1, mercredi à 20 heures). Parfois, l’usager s’organise : ainsi l’Association des usagers des gares a-t-elle eu droit à trois reportages en deux jours sur TF1 ! Emporté par son enthousiasme, PPDA annonce que l’association vient de se créer «face à cette nouvelle grève». Et qu’importe si, dans le reportage, on apprend qu’elle existe depuis 17 ans… Quand il est étudiant, l’usager devient un «antiblocage», en opposition aux «bloqueurs». Là aussi, il s’organise contre les grévistes, désignés par Jean-Pierre Pernaut sous le patibulaire vocable d’«individus» (qui ont bien mérité une volée de CRS à matraque). Chez l’antibloqueur, en revanche, «les points de vue sont nuancés» (Pernaut, toujours). Et «les étudiants distribuent des tracts, qu’on soit de gauche ou de droite». Pas grave si l’un d’eux, interrogé par la suite, est encarté à l’UNI, le très droitiste syndicat étudiant.
La débrouille
Surtout, l’usager est débrouillard. A chaque édition de chaque JT, une nuée de sujets sur «mon usager, mon plan B» ou, variante, «la famille Usager s’organise». Dimanche soir sur France 2, on filme une femme qui achète des mandarines sur un marché. Commentaire du journaliste : «Le plein de vitamines avant une semaine qui s’annonce très sportive.» Lundi et mardi, les JT alternent les reportages entre vélo, fidèle compagnon de l’usager, et covoiturage. Mercredi soir, dans un même élan, tous nos courageux usagers dorment dans les endroits les plus hétéroclites : les salariés d’un hôtel à l’hôtel («largesse d’un patron compréhensif» pour TF1 et «l’hôtelier sympa Bruno qui accorde une faveur à son personnel» sur France 2), des infirmières à l’hôpital, et, trouvaille de la Deux , des employés d’une agence d’événementiel… dans une yourte sur le toit du bureau. Ils en sont tellement contents chez France 2, de leur yourte, qu’ils y sont revenus jeudi !
Quelle grève ?
Au fait, c’est quoi, cette grève ? Qui ne s’est informé que devant les JT de la semaine n’en a aucune idée. Les journaux s’entament tous par un sujet sur le trafic, poursuivent avec nos usagers usés, quelques réactions gouvernementales ou syndicales de pure forme, mais d’explication du mouvement, point. Ou si peu. Ou si mal. Outil favori : la comparaison. Lundi soir, France 2 aligne un chauffeur de la RATP face à une conductrice d’une société privée à Rennes. Laquelle juge que «les conditions de la RATP en conduite et en stress sont pires que les nôtres». Sauf que Pujadas a d’emblée planté le décor : les deux «font le même travail». Le même soir, PPDA fait son pervers. «Revenons sur les revendications des grévistes», susurre-t-il avant de balancer un sujet en forme de foutage de gueule qui compare les cheminots d’aujourd’hui avec ceux du début du siècle dernier, à grands renforts d’images en noir et blanc de charbon qu’on enfourne dans la bête humaine ! Le lendemain, c’est un conducteur de la RATP que suit TF1. Son salaire ? 2 300 euros. La Une le donne en brut, ça fait plus.
Porte-parole
«La mobilisation syndicale se heurte à la volonté très claire du gouvernement de créer un système plus équitable de retraites, c’était dans le programme de Nicolas Sarkozy, il a été élu en partie pour ça.» Non, ce n’est pas du François Fillon, ni même du Xavier Bertrand, mais du Jean-Pierre Pernaut, ministre du 13 heures de TF1. Ça suinte de tous les sujets, de la hiérarchisation des JT, des mots choisis : la télé roule contre la grève. « La France peut-elle être réformée ?» se désespère Laurent Delahousse dimanche sur France 2. Quant à l’ineffable Jean-Marc Sylvestre, mercredi à 13 heures sur TF1, il sait : «Les syndicats ont compris que l’opinion publique ne les suivrait pas dans leur opposition systématique à une réforme in-con-tour-nable.» Et celle-là : «Notre obsession, c’est que les usagers soient le moins pénalisés par cette grève.» Non, cette fois, ce n’est pas un aveu de PPDA, de Pujadas, ni même de Pernaut, c’est du Fillon. Depuis une semaine, des millions de téléspectateurs – cinq millions pour Pujadas, sept millions pour Pernaut, près de dix millions pour PPDA – entendent les JT et le gouvernement leur parler le même langage en stéréo.
Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts
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19 février 2008
Le pouvoir des médias
« Les médias agissent ainsi sur ce que Elisabeth Noelle-Neumann appelle le "climat d’opinion". Spécialiste des sondages, la sociologue explique par la "spirale du silence" le parallélisme qu’elle observe entre les contenus des médias dominants – les ténors – et l’opinion du public – autrement dit, entre les opinions propagées par les médias et celles qui sont exprimées par leurs usagers -, résultat presque mécanique de la propension de chacun à se rallier à une opinion que les médias lui présentent comme étant celle de la majorité, ou celle des experts les plus qualifiés. C’est à la faveur de ce mécanisme psychologique qu’une minorité peut se prendre pour la majorité, que la majorité finit par se tromper sur la majorité, et que les journalistes de quelques médias, parmi les plus en vue, imposent une opinion à leurs concitoyens. »
Les Médias / Francis Balle. PUF, 2004. « Que sais-je ? »
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